Moi, c'est Céline depuis 55 ans. Je suis descendue dans la vallée de Delémont en février 1992 pour débusquer bactéries et parasites qui rendaient malades les Jurassiens au sein de l'hôpital. Dans la vallée, j'y ai aussi rencontré celui avec qui j'ai fondé une famille, trois enfants aujourd'hui majeurs dont le dernier est encore en études.
Las, je n'ai pas réussi à échapper à l'écueil du divorce et j'ai repris une nouvelle activité professionnelle, celle d'assistante en stérilisation, en troquant le laboratoire pour le bloc opératoire.
Le filet de sécurité de l'emploi, je l'ai perdu suite à un licenciement abusif. L'aide sociale a fait le tampon une première fois avant l'entrée en action de la caisse de chômage. Une deuxième fois suite à un licenciement pour maladie. Un troisième tampon, puis un quatrième, puis un cinquième, chaque fois entre deux droits qui s'arrêtaient.
« Je suis devenue écœurée du système que j'ai baptisé la broyeuse »
La précarité financière m'a encore plus fragilisée psychologiquement puis physiquement. Je suis devenue écœurée du système que j'ai baptisé « la broyeuse ». Même si l'aide est bienvenue et permet de respirer un peu, ses conditions d'obtention la rendent coûteuse sur d'autres plans, notamment celui de s'y retrouver dans les méandres administratifs des différents services.
Mon objectif en cocréant cette association est d'alerter et de visibiliser la misère sociale de cette Suisse prétendument riche où de plus en plus de citoyens sont en mode survie, de faire prendre conscience des conséquences de la précarisation des personnes sur leur vie et celle de leur entourage, en particulier des enfants.
Soit, au final, replacer l'humain au centre des préoccupations en lieu et place de l'argent.
