Aller au contenu

Témoignages : nos voix

Cinq parcours racontés à la première personne. Chaque texte est publié avec l'accord de son auteure, dans ses propres mots.

Une femme prend la parole au pupitre.
Céline
Co-présidente · Mon parcours à l'aide sociale

Moi, c'est Céline depuis 55 ans. Je suis descendue dans la vallée de Delémont en février 1992 pour débusquer bactéries et parasites qui rendaient malades les Jurassiens au sein de l'hôpital. Dans la vallée, j'y ai aussi rencontré celui avec qui j'ai fondé une famille, trois enfants aujourd'hui majeurs dont le dernier est encore en études.

Las, je n'ai pas réussi à échapper à l'écueil du divorce et j'ai repris une nouvelle activité professionnelle, celle d'assistante en stérilisation, en troquant le laboratoire pour le bloc opératoire.

Le filet de sécurité de l'emploi, je l'ai perdu suite à un licenciement abusif. L'aide sociale a fait le tampon une première fois avant l'entrée en action de la caisse de chômage. Une deuxième fois suite à un licenciement pour maladie. Un troisième tampon, puis un quatrième, puis un cinquième, chaque fois entre deux droits qui s'arrêtaient.

« Je suis devenue écœurée du système que j'ai baptisé la broyeuse »

La précarité financière m'a encore plus fragilisée psychologiquement puis physiquement. Je suis devenue écœurée du système que j'ai baptisé « la broyeuse ». Même si l'aide est bienvenue et permet de respirer un peu, ses conditions d'obtention la rendent coûteuse sur d'autres plans, notamment celui de s'y retrouver dans les méandres administratifs des différents services.

Mon objectif en cocréant cette association est d'alerter et de visibiliser la misère sociale de cette Suisse prétendument riche où de plus en plus de citoyens sont en mode survie, de faire prendre conscience des conséquences de la précarisation des personnes sur leur vie et celle de leur entourage, en particulier des enfants.

Soit, au final, replacer l'humain au centre des préoccupations en lieu et place de l'argent.

Suzy
Co-présidente · Témoignage écrit pour le prix du CCJE

Je m'appelle Suzy, j'ai 53 ans, divorcée et j'ai une fille de 25 ans.

J'ai fait un CFC de vendeuse que j'ai exercé 23 ans. J'ai repris une formation à 48 ans et, à ce jour, je suis animatrice laïque en paroisse en tant que bénévole, et je suis aussi secrétaire du CdOp et de la paroisse d'Undervelier.

J'ai dû demander deux fois l'aide sociale. La première fois après ma séparation à cause de la maladie, car j'ai dû me faire opérer d'urgence, alors plus de revenu. Puis une deuxième fois à nouveau à cause de ma santé, car j'ai perdu mon job et que la demande d'AI a duré dix ans.

Pour moi, l'impact le plus perceptible est le surendettement et l'impact psychique à cause de cette survie perpétuelle, sur une santé déjà péjorée. Compter à un sou déjà au milieu du mois est pénible.

Le moment choc, à la demande du SSR, ça a été de monter, descendre, remonter, redescendre et parvenir à gravir ces marches d'escalier, tout en me disant « Comment j'ai fait pour tomber aussi bas ? »

« Comment j'ai fait pour tomber aussi bas ? »

Mais dans une histoire il y a quand même toujours de belles choses. Tout d'abord les belles rencontres, de nouveaux projets qui montrent qu'on est encore quelqu'un malgré la maladie et les problèmes d'argent.

Ce que j'aimerais mettre en avant avec notre association, ce sont les témoignages, pour montrer que la vie qu'on veut bien montrer au peuple n'est pas une réalité. Cette vie, on ne la vit pas, on la survit. Je veux me battre pour le changement, contre l'isolement et les inégalités. Et même si ce n'est qu'une petite goutte dans l'océan, et ben c'est déjà une goutte.

Florence
Membre · Pleigne

Bonjour, Florence, 60 ans, divorcée et maman de deux garçons et une fille de 34, 37 et 38 ans, grand-maman deux fois.

J'ai étudié à l'école hôtelière, comme assistante d'hôtel. Depuis plus de dix ans à l'aide sociale, suite à un stupide accident de pantoufles, de nombreuses fractures à un pied, il m'a fallu environ deux ans pour me rétablir.

J'ai perdu mon emploi, je n'ai pas réussi à en retrouver un autre, et le service social est arrivé. J'étais complètement perdue, angoissée, et très seule. Impossible de régler toutes les factures, la boule au ventre en permanence, j'ai dû me résigner à manger des pâtes et du riz pendant plusieurs mois.

L'impact est énorme, violent même. Cette sensation d'être mise de côté et de ne plus appartenir à aucune classe sociale, la perte de confiance, de l'estime de moi, ainsi que ce besoin constant de tout compter.

« Cette sensation d'être mise de côté et de ne plus appartenir à aucune classe sociale »

J'ai mis plusieurs années pour accepter ce qui est. Mais grâce à cette situation, j'ai appris à me connaître vraiment, et même à retrouver de la joie et de la paix en moi.

J'ai aussi eu l'énorme chance de rencontrer toutes ces magnifiques personnes, et la création de notre association a été comme une bouffée d'air et d'espoir. Avec À part'Être, j'aimerais faire profiter les autres bénéficiaires de mes expériences, bonnes ou mauvaises, être à l'écoute et un soutien. Tout ce que je n'ai pas eu, en fait.

J'ai compris qu'à plusieurs on était vraiment plus fort.

Monique
Membre du comité · Secrétaire-comptable

Je m'appelle Monique, j'ai 47 ans, je suis célibataire mais je vis en concubinage depuis un an à Delémont.

J'ai un CFC d'employée de commerce. En 2018, j'ai fait une formation dans le massage et j'ai ouvert mon cabinet en 2020 pour exercer cette passion à 100 % ! Octobre 2021 : burnout ! Il m'aura fallu trois ans pour récupérer de cette maladie, en passant par une période d'hospitalisation.

En tant qu'indépendante, j'ai dû me battre avec la caisse de chômage pour recevoir des indemnités. Une fois arrivée en fin de droit et toujours en incapacité partielle de travail, j'ai dû aller frapper à la fameuse porte que je ne pensais jamais devoir ouvrir, celle de l'aide sociale.

Un cauchemar les premiers mois. Une boule au ventre à chaque rendez-vous, des larmes à la maison, et lors des entretiens.

Une honte énorme de déambuler en ville jusqu'aux bureaux de l'aide sociale chaque mois avec la fameuse feuille verte du budget, mais pas seulement. La honte d'en parler à la famille, aux amis, à l'entourage. Une perte totale de confiance, un surendettement et encore une fois une descente aux enfers qui m'a fait rechuter psychologiquement.

Je tiens tout de même à saluer mon assistante sociale, qui a été d'une énorme bienveillance, et la fameuse journée de mars 2024 organisée par Pascale et Myriam, qui m'a fait reprendre confiance et me dire « je ne suis pas seule ».

« Je ne suis pas seule »

J'ai aussi eu la chance d'avoir fait un CFC de commerce, car les démarches administratives étaient tellement complexes que si je n'avais pas eu de formation, j'aurais eu beaucoup de peine à préparer des dossiers, pour le chômage, pour l'AI et pour le service social. J'ai dû mettre le peu d'énergie qu'il me restait dans cette paperasse administrative !

Je me suis dit rapidement qu'un jour je raconterais mon histoire à la terre entière. Message entendu : j'ai rencontré des personnes magnifiques qui me portent, et grâce à elles nous avons pu fonder cette association. Il est temps de changer cette image du fameux « cas'sos », de témoigner au monde entier de nos expériences de vie, nos tristesses, nos bonheurs aussi, d'être là pour d'autres personnes qui ont besoin de soutien, et surtout de crier haut et fort : « Et si demain c'était vous ? »

La parole des marraines

Myriam
Marraine de l'association · Assistante sociale

Myriam, j'ai 63 ans. Je suis mariée, j'ai trois enfants adultes et sept petits-enfants.

Je suis assistante sociale et j'ai travaillé pendant treize ans comme spécialiste en insertion. Dans le cadre de ce travail, avec les collègues, nous avons toujours essayé de réfléchir à de nouvelles propositions à faire.

Suite à une rencontre avec Jean-Claude Métraux, nous avons proposé un « espace de réflexion sur sa place dans la société » à des bénéficiaires de l'aide sociale. Et ce qui devait ne durer qu'une journée s'est transformé en l'association que vous avez devant vous.

« Ce qui devait ne durer qu'une journée s'est transformé en l'association que vous avez devant vous »

Cette rencontre avec des pairs, plus que des bénéficiaires d'aide sociale, nous a donné envie de faire encore un bout de chemin avec eux et de devenir membres de cette association, et je dois dire que nous sommes fières d'en être les marraines.

Le pire moment de cette aventure pour nous a été le tout premier jour, avant le début de la journée, où nous nous sommes dit que la prochaine fois que l'une de nous avait une telle idée, il faudrait que l'autre lui dise non.

Et aujourd'hui, nous posons déjà les bases d'une nouvelle journée, pour d'autres, sur le développement du pouvoir d'agir.

Ton parcours a sa place ici

Raconter aide à reprendre la main, et aide aussi celles et ceux qui viennent derrière. Chaque témoignage est publié uniquement avec l'accord écrit de son auteur, sous la forme qu'il choisit.